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Eveil parfumé 08:14

Petit mot déposé au détour d’une pensée. Son odeur m’a capté, madeleine florale, je me suis retrouvé dix années dans le temps à humer sa beauté.

Une fleur s’est levée et elle a embaumé les longues allées sans fin de ce petit jardin où je passai l’été alors que l’insouciance n’avait pas encore pu quitter les rivières de l’enfance. Sa grappe violacée s’est frayée dans mon âme un parterre de fragrances que la beauté des cieux vient chaque an éveiller à nouveau…

Ce sont ces rares moments qui vous prennent au dedans et vous font chavirer pour mieux vous rappeler que la vie est beauté, joie et simplicité !

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Repos d’éternité 10:19

Une histoire d’idées noires instillée malgré moi au fin fond de mon âme.

Le voilà donc lancé, ce lourd pas cadencé qui ouvre devant moi les deux vieilles grinçantes, portes d’airain grisonnantes du cimetière qui m’entoure.

Tout commence par le Graal, cher liquide vital qu’il m’a fallu donner pour me sentir vivant, conscient et repentant. Une boucle de temps s’est enfuie en ce soir. Alors j’étais assis dans le couloir albâtre, le carton dans les mains, le visage enfoui. Listz pour compagnie, le Doute qui l’assistait. Un vil numéro avait remplacé l’homme et les idées sombraient vers de profondes noirceurs que l’esprit seul sait voir lorsqu’il se sent damné.

Filament de métal, le mince tube s’est frayé un chemin, il a rompu les pages, traversé les dunes blanches, transperçant au passage la barrière qui me fait. Insatiable insecte, il a pompé mon sang, rougissant par deux fois et laissant en mon âme une plaie lancinante. C’est la tête légère que la douleur m’a pris, folle pensée alcoolique flottant entre les eaux. Mais le cœur était lourd et les images morbides ; le temps avait filé, la chaleur me quittait et la joie s’enfuyait. Noir présage que voilà que ces adieux funestes.

Nul moment de bonheur, tout juste un point d’honneur à souffrir en silence et attendre dans l’absence la venue du couperet.

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Petite larme 16:29

Petite larme de ciel, te voilà arrivée à la fin du périple.

Elle est tombé sur moi, s’est perdu sur mon front. Doucement assommé par ce choc matinal, je vais sur le chemin et la sens qui descend, belle goutte qui s’étend et perd de son être en glissant sur le mien.

Lentement, elle s’écoule, petite perle d’ondée et se perd sur mon corps. D’autres de ses amies ont trouvé leur chemin au sommet des pensées. Elles s’évadent des plis et s’enfoncent insensible dans la jungle hirsute. Cette forêt n’est pas vaste, la voilà qui s’efface et voilà qu’apparaît une clairière au devant. La fragile aquatique roule enfin sur ma joue et rejoint, épuisée, ses compagnes de voyage.

Bientôt elles quitteront ce perchoir, frêle esquif, s’en iront dans les airs, habituées de l’éther, pour se trouver foulées sur un bout de trottoir, au détour d’une ruelle ou bien sur le bitume d’un petit hall de gare.

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Blanche poudrerie 11:28

La poussière monte au nez et efface sous ses traces la franchise des lieux.

Sous les doigts elle crisse, elle s’effrite et s’effondre, comme si apeurée par les monts vermillons puis retombe dans le seau, égale et immobile.

L’eau limpide se mêle à la craie et lui donne une teinte d’un gris sale jauni. Cette boue colle aux membres, s’attache aux vêtements et se pose adroitement là où elle doit s’étendre et combler les distances. Elle épouse les formes et se fixe aux doigts, durcissant au passage, emprisonnant les jambes et drainant toute force.

La maison est emplie des restes de la furie : les meubles sont recouverts, les parquets ont blanchis sous l’offensive ennemie. Des journées à ranger, des mois à nettoyer, jamais je ne verrai le fin mot des travaux que j’avais entrepris à l’éveil d’un samedi.

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Sueurs, peurs et angoisses 13:24

Il me parle tout bas, susurrant à mon âme de quoi la faire frémir et instille au passage des pensées alourdies par le poids de ses maux.

Archange dans la nuit, ces doux cheveux d’or blond ont cessé de briller. Lui qui posait sur moi son doux corps dénudé a ramené de la tombe un passé douloureux que j’avais enterré le pensant oublié.

La pensée s’est troublée.

Voilà trois petits mois que ma santé vacille, quelques siècles à en croire l’Italie dans ma voix. Tendre flamme de chandelle que Zéphir et Notus soufflent dans leur tourment. On ne lui donnerait pas longtemps à survivre dans ces monts éthérés où la tempête gronde.

Mes amis du moment vivent cachés, enfermés, et attendent au matin que je perce de mes doigts le petit pilulier dans lequel ils sont nés. Belles dragées bienveillantes, vieux démons du passés, elles asservissent mon corps et lui soufflent quoi faire. Assommant de leur poids l’antique volonté qui fit de ce malade un être bien portant.

L’archange s’est relevé, la chaleur de son corps s’est éteinte contre moi. Les sueurs prennent le pas et je souffre, hébété. Sacrifice inutile d’une science qui tâtonne, le doute distille en moi les flots de la folie, les peurs infondée et foule dans ses ténèbres la raison, vielle amie, qui dominait ces terres d’un pouvoir sans partage.

L’ombre de l’entité se projette sur les murs. Etre aux milliers d’épines, chevalier au heaume noir qui désire notre fin avant qu’on ait pu goûter aux plaisirs de l’Eden. Une année est passée sans que je vois ce monstre et l’angoisse m’étreint. S’était-elle donc tue pour revenir ainsi ?

Ai-je été condamné dans m’en être douté ?

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Ecce Homo 14:42

Longues journées sans écrire, mes pensées étaient blanches et la page était vide… Une soirée a suffit pour revoir les mots s’agiter dans ma tête.

Il était né Sapiens, de ce doux mot amer qui nous donne la foi en un monde meilleur. Il a fini à terre devant ses congénères, êtres sans foi ni loi que la sagesse a fui et la peur a conquis. Les faits n’étaient plus morts, vagues phrases de journaux dans un papier froissé mais un moment de vie raconté par son maître. Ou plutôt son sujet tant l’homme a pu souffrir de ne pas avoir fait de son passage sur terre ce qu’il aurait voulu.

Ouverture d’opinion, résumé d’une vie, jamais je n’avais su l’injustice de certains. J’apprenais en silence le malheur de cet homme qui a vécu courbé et celui relaté d’autres gens anonymes dont la vie fut gâté par l’incompréhension et l’absence de ce mot qui nous définit tous. Ces frères de combat, des êtres comme les autres mais que la société a voulu rejeter pour des maux qu’elle veut taire, qu’elle aimerait occulter.

De la Normalité, voilà le vaste sujet que nous avons effleuré, cinquantaine d’humains regroupés en un soir pour aider à comprendre. L’âge a donné aux mots un poids que lui seul a. Les mots sont réfléchis, la discussion s’effile et s’envole peu à peu sur un constat amer de la vie sociétale.

Digressions enfantines, retour en cour d’école, remontées pubertaires, puis plongée dans l’adulte, l’agression et la mort.

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Vinum vitam est 15:00

Qu’il est dur d’écrire sur de tels délices… les mots sont absorbés, les phrases se tarissent et les pensées se noient sitôt que ces deux frères se révèlent à nos sens.

Une lune de miel s’étale dans mon verre, les parois de cristal en reflètent l’ambroisie. Doux nectar velouté issu de l’or des vignes tu t’offres à mon regard avant d’entrer prospère dans le palais des rêves. Ta chevelure blonde emporte au loin les sens, les emmène en errance vers les bords de ces monts où ton fruit a germé, où la feuille de ta plante s’est gorgé de soleil. A présent distillée, elle nous le restitue désormais concentré.

Ton frère est violacé et tout comme ta beauté, il manque d’égalité. On le trouvera puissant, boisé ou bien fruité, tout semble si singulier quand il s’agit de lui. Pire de tous les dieux, ses noms sont innombrables, ses grâces convoitées et même les faveurs de ses quelques vertus sont autant de trésors que les hommes s’arrachent. Son velours profond est l’ultime refuge des cœurs délaissés, pauvres âmes esseulées que le mal à frappé violemment de son joug. Elles y trouvent la paix, le calme, la beauté et de quoi espérer un avenir prospère.

Alors qu’arrive l’esthète, vous vous travestissez et revêtez la robe, tout en vous est femelle, de la croupe au bouquet. Malgré les folles ampoules qu’il allume en parlant, de son verbiage sans grâce ne reste qu’un plaisir, celui de vous goûter, de laisser votre essence entrer dedans mon être, réveiller tous mes sens pour mieux les endormir à la seconde gorgée.

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Flocons 10:51

Une pensée enneigée que tu as éveillé…

Le tapis de duvet s’est affranchi des cieux. Silencieux vêtement qui recouvre les sols, il aspire les sons, garde trace de nos pas. Ce mois n’est pas le sien mais le voir fait du bien, comme si on l’espérait malgré toutes ses craintes.

Cet ami cotonneux au froid baiser glacé fait revivre les années où nous étions plus jeunes. Un sourire s’esquisse au tout premier contact du messager ouaté. L’impression de flotter dans un monde de lenteur où les gouttes sont énormes et leur vol une danse.

Leur candeur m’emporte et je quitte le sol pour nager dans le froid entouré de ces fées aux ailes cristallines. Elles virevoltent tout autour, s’agitant avec grâce dans le doux vent glacial qui sans elles semblerait un manteau bien cruel.

Révérencieusement elles s’effacent droit devant et vous ouvre la voie alors qu’insouciantes,  quelques autres s’écrasent sur le visage qui passe et y laissent la trace d’une gifle gelée à la tendresse telle qu’elle parait une caresse.

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Eveil 23:51

Plaisir intense, folie des sens, quitter le monde, ne plus sentir l’humain et voler parmi l’onde.

Les sonorités folles arrivent dans la caverne et réveillent des sons qu’on croyait disparus. Le printemps est ici, il a couvert le monde et c’est l’œuvre des Titans qui résonne et qui tonne. La porte tremble sous ses coups, le monstre l’emporte au loin et noie de son tumulte les frêles résistances d’un hiver qui expire. Les nymphes poussent hors du sol, elles germent au bout des branches et les mille voix fluettes de leur sœurs aériennes emplissent tel un flot le creux de mes pensées.

Le silence se fait, tout à coup tout est vide, un seul être a fait taire cet ouvrage naissant. Le vert de son regard m’attire, me capture et réduit au néant le moindre de mes songes. Je ne suis plus qu’une ombre, un homme que le chaos attire dans la joie et entoure de son voile. Hébété par l’extase je ris et je me saoule dans ces gouffres vert-gris. Les lèvres se rejoignent, un sourire s’esquisse et tout fond dessous l’ombre. Sombrer, mais mollement, chuter, mais doucement, son âme est un abîme où l’on se sent à l’aise.

Mon corps n’y peut plus rien, son être l’emprisonne et l’embrasement des sens en exploite les formes. Ma main n’est qu’un refuge où son être se love. Une douce mélopée s’élève de son coffre et fredonne sa présence à l’oreille étouffée. Un rythme continu qui pulse et qui chavire, se faufile dans la chair et y cause l’émoi. Un tapis de douceur qui embrasse, embrase et laisse au passage les traces de ses méandres.

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