Au vent

I dream I can fly

Absence de l’existence, l’être s’est enfui, l’âme flotte au dehors, nébuleuse, légère elle glisse dans la lumière d’un soleil d’été…

Tout est si beau, si calme, si net dans ce monde sans sens… Les mains glissent sans douleur, sans sensation, le coton est partout l’existence m’a fuit, n’être qu’une âme qui s’élève doucement au dessus du monde…

Ô ami, que j’aimerais te faire goûter cette joie, cette folle exhaltation des sens, qui presque hilare nous laisse voir le monde d’en haut, sans tristesse, sans toucher, sans rien d’autre que la vue, oreilles calfeutrées dans un mouvement lent, ressac de vagues d’éther, légère brise d’été…

Un rayon, un frisson, un sourire et la joie, omniprésente, la Joie, la Vie, l’Absence même d’existence… N’être plus, être tant, contraste si divin !

La drogue m’abandonne, le réel revient enfin, j’étais pourtant si bien dans ce matelas de sens, allongé dans l’absence, éveillé sans bouger…

Tranche de vie, tranche d’oubli

Un visage dans la foule, un battement qui s’emballe, l’ange est là à dix mètres, il approche, on en tremble…

On abandonne Nietzsche, son oeuvre, ses supplices, le remise à la poche, s’avance vers le fantôme, le saisit par l’épaule, l’embrasse… sur la joue. Tout en nous tremble, s’ébranle, rien n’est là tout est fourbe.

Il nous parle, on acquiesce n’étant guère plus capable de répondre que par gestes. La parole nous a fuit, le sanglot étouffé, il est là, il est là, on le voit, le respire, il nous touche, on frémit, un frisson, une suée. De ses yeux il nous vole, nous absorbe tout entier, par sa vue rien n’est plus, tout en nous est serré, de la gorge au gosier, tout s’est tu, tout s’émeut.

On articule enfin un réponse presqu’audible, on le suit jusqu’au train, tout fut si preste, si court, rien n’est plus entre nous, mais mon coeur le désire, il en veut toujours plus, encore, oui, tu m’entends, quand bien même dussé-je mourir pour quelques minutes d’une joie restaurée.

Le moment est venu, les adieux sont lancés, on l’agrippe, l’enserre, et les larmes, les tensions, tout se rompt se déchaine et s’effondre contre lui… Quelques larmes de ma part, rejeté je m’enfuis, cours le fuire dans Paris, quelques heures tout au plus… Quelques heures de répis rien de plus dans ma vie, et me voilà matin à souffrir sur mon lit…

Passion inavouées

Malgré ces mille maux, ces torsions sourdes sous ma peaux, toute la chair qui se contracte, se ronge, se vide et souffre. Malgré l’absence, et l’indolence de ce frippon, ce vagabon. Non ! je regrette, il n’est pas tel, lui, être doux, si admirable…

Ô, malgré moi, malgré cela, il m’est double, maître de joie, de mes plaisirs, de mes passions, de mes pulsions et à la fois, être insondable qui se dérobe, enfonce ses crocs dans ma chair blanche et laisse ses griffes dessus ma face.

Dites son nom, mes pensées tremblent, guère palpables, elles se défaussent et se dévoilent reprennent leur danse trop insondable, je ne saisis plus rien de vrai, pense à ses mains, à ses doux yeux, oublie l’absence et tends la main vers l’insouciance… et me caresse jusqu’à l’ivresse des illusions de mes passions.

Ne me quitte pas, de m’oublie pas ou brise cela, ce qui est moi, prend cette vie que je renie, abrège ce souffle qui me détruit…

Je ne sais aimer sans souffrir…

Boucle

On les avait vu naître, croître dans nos pensées, on les avait tous deux vu surgir dans nos vies. Du premier le passage avait tout ravagé, de la vie à l’envie, il avait tout brisé. Le second, on l’avait plus contraint, plus pensé, sa place était moins franche, plus sensée !

On les voyait deux autres, différents, tellement ! Mais l’histoire se répète et malgré tous mes soins, mes attentions secrètes à vivre sans oublier ce qui les fit si loin, tout avait basculé, différemment sans doute.

Les deux était couplés, déjà pris, quelle folie ! Malgré cette barrière j’avais osé penser, imaginer un rêve… Tout avait débuté, puis s’était éclipsé, enfin dans une bouffée, avait recommencé avant de me quitter.

Remind me not, remind me not…

Que j’eus aimé vous voir Byron, poête hanté, attablé face à moi, devisant de mon cas. Je n’ai que la page blanche, cette impossible absence que l’encre vient à combler en débutant par vous…

On jurait d’oublier, d’avancer sans douleur, de remiser ses mots, ses traits et ses baisers. L’être avait été jeune, trop jeune, et trop honnête. Il avait pris un coeur, une âme, tout un être, par ses mots torturé, par ses baisers blessé. Il l’avait trop choyé, puis s’en était allé… remisant au passé tout ce que j’avais aimé !

Dynamités les ponts, exterminés les liens, de mon coeur des lambeaux, traces de sangs sur les mains et la mort qui frissonne s’enroulait à mon cou. Il m’avait tant donné et repris trop d’un coup, depuis j’étais mort-né, oublié, effacé.

Quelques mois, tant de larmes et il était venu, un second, différent. Dans les traits plus d’ans, dans le coeur, une peine et aux yeux, au sourire, une vie sans limite, effacée et pliée.

Morituri…

Une étreinte trop pressée, je t’enlace, t’étouffe. Alors, je te relâche et le sang dans la bouche, le vermeil monte aux lèvres…

Sentiments affiliés, douceurs amères sucrées, de l’amour à la haine, une marche, seul un pas que je ne ferai pas.

Les coups pleuvent sur ma face, ils s’effondrent, un à un, chants funestes !
Dans la haine, je t’aime, par la mort, je t’adore…
Et du coeur encore nu, ravagé, dépecé, les battements montent encore pour crier mon malheur !

Maudlin

Seul assis sur l’acier à voir ces silhouettes effacées, tous ces fantômes vite passés, êtres sans être de fumée.

Il s’assient face à ma chaise, se lèvent, s’enfuient, faces éparses. Juste un courant qui file dans l’air, quelques beaux songes rencontrés un après-midi sombre et pluvieux dans une gare britannique.

Et moi je reste seul face à terre, mes deux reins nus dessus l’acier, mon heure n’est pas encore venue pour cet adieu léger et sourd à cette ville, à ce musée dans son écrin de temps éteint…

La plume

Elle glissait sur les cahiers, belles rondeurs déposées là, elle filait les liaisons, enchevêtrant mots et passions. La plume a chu, elle a brisé, et depuis lors sur le papier, elle griffe les pages et les doux songes, ne laisse plus à mon poignet qu’un jeu stridant et trébuchant.

Tant d’heures passées à te trouver, vieille beauté d’un temps passé. Cette plume étrange, ronde et pointue aux traits distincts et incertains. Plume parker 180, un vieux modèle bien dépassé, fine légereté de mains gantées…

Pianissimo

Un piano nous rappelle, souvenir d’un passé désormais effacé.

Une journée peu chargée, de ces jours allégés où l’esprit se sent libre, presque happé par les nues. Une journée si paisible, si volage, frêle voyage où l’on se sent porté, où les pas sont des songes et les mots des images. Une journée loin de tout dans les rais d’un soleil, à évoluer serein dans l’ombre pâle et blanche qu’il trace dessus l’asphalte.

Un piano, coffre d’âme, qui entonne les vieux airs d’un amour oublié.

Brûlure

Où t’es tu envolé, mon amant, ma torture,
toi cet amour violent d’un jeune cœur la brûlure ?

Où t’es tu promené pour que loin de ma vue,
la mémoire ne se fane et ne me laisse nu ?

Quel est donc ce parfum, cette fragrance qui me lance
et rappelle à mes yeux la beauté d’une démence ?