Rose cryingJ’étais là à t’attendre dans cet antre de pierre, d’acier et puis de verre, où des monstres fumants emplissaient autrefois l’air nauséabond de ces gares modernes. Tu m’as rejoins là-haut pour un moment trop court, juste le temps de s’étreindre au tournant d’un voyage qui va t’emmener loin, par delà les frontières, au delà de la mer.

Les larmes étaient là, elles étaient réprimées, interdites de sortie de peur de nous voir, broyés que nous étions, nous mettre à sangloter. Isolés de ce monde qui grouillait tout autour, nous nous serrions l’un l’autre en cette terrible danse qui finirait bientôt au regret de chacun. Savourer ces instants, ne pas les regretter, les graver dans un coin, se les remémorer, nous ne nous reverrons plus avant cet infini, ces jours et ces mois, cette période où muet, j’oublierai d’exister.

Ma lyre reste muette, elle ne sait plus que faire, que jouer, qu’entonner. Tel l’infortuné Orphée, tu me fus retiré, refusé à mes yeux une seconde, une ultime fois. J’ai eu beau essayer, supplier, gémir et puis maudire, rien ne fera pour moi revenir ton sourire. Il me faudra attendre, patienter, endurer, oublier et me faire à cette absence sourde.

Depuis lors ces lieux, garderons à mes yeux des reflets rouge sang, ils ravirent par deux fois à mes sombres yeux humides ton tendre visage d’ange, cet être gémellaire avec qui mon esprit fusionna maintes fois. Reviens vite mon cœur, depuis ce jour maudit, la torpeur m’a pris, a envahi mon être, je ne suis désormais plus qu’une ombre, plus qu’un corps duquel toute l’âme a été aspiré. Reviens vite à mon cœur, fait cesser ce malheur, cette langueur qui me broie, reprends moi dans tes bras, évadons nous ensemble vers ces lieux plus propices au rayonnement des sens, au plaisir suprême, à l’ultime désir.

Une goutte de mort perle à mon œil droit, le sinistre s’est tu et déverse sur mon cœur un poison violent, cause de mon tourment… l’antidote tu le sais, un seul mot de ta part, un baiser de ta bouche, rien d’autre n’arrivera à me ressusciter.