Nul besoin d’ingénieurs, d’équipiers innombrables, de machines puissantes et de savants calculs pour ouvrir un canal, excaver un tunnel d’une rive jusqu’à l’autre de bras, ce passage, cet abîme marin où jadis bataillèrent les navires des uns, les bâtiments des autres dans une lutte de pouvoir entre peuples similaires. Nulle nécessité lourde, tout juste a-t-il suffit d’une plume et d’un câble, d’un petit peu de temps, de ce titan vieillissant qui nous en prend tellement qu’il sait en distribuer parcimonieusement.
Assis dans un jardin, à l’abri du tumulte, tu t’étais posé là afin de recevoir l’appel d’un ami, un cri de désespoir, celui-là que j’ai dit alors affligé par une peine sourde, l’absence de ton être, l’ignorance de mes mots, la souffrance des adieux que je ne voulais pas. Nous avons échangé quelques bribes de phrases, si peu et tellement, juste ce qu’il m’a fallu pour me redonner joie, me rendre cet espoir que l’on m’avait volé et ouvrir mes ailes, mes yeux et mes oreilles vers tes douces paroles, des mots soyeux et purs, ces phrases qui me bercèrent alors que tu n’étais pas encore aussi loin, alors que tu parlais encore le français dans ta chambre, dans ta ville, dans ces lieux où nous vîmes dans les yeux l’un de l’autre briller une lueur, celle de la folie, celle-là qui me pousse à écrire, à tout dire, à offrir à vos gouffres avides de ces mots tout ce que mon être a en lui d’angélique et de beau, ce qui donne à mon âme un peu de ce sublime et l’élève, juste un peu, de ces profondeurs sombres dans lesquelles elle se berce.
Une phrase bien longue mais qu’y puis-je, c’est moi, un ami me verra toujours grandiloquent, adorateur pompeux de ces fastes d’antan sans avoir pour autant le charme d’un Hugo.
par Zéro Janvier
21 oct 2007 à 20:16
« Nous avons échangé quelques bribes de phrases, si peu et tellement, juste ce qu’il m’a fallu pour me redonner joie, me rendre cet espoir que l’on m’avait volé et ouvrir mes ailes» : je ressens parfois ce sentiment en parlant avec certains amis qui ont le don de soulager mes peines, au moins pour un temps. C’est important.
par ariane
21 oct 2007 à 21:29
Tu as déjà écrit des poèmes François?
par Incipio
21 oct 2007 à 22:26
@ariane -> que très rarement… malheureusement, j’écris sans réfléchir, du moins sans trop y réfléchir, la poésie est en cela trop contraignante pour me le permettre.
@Zéro Janvier -> ces amitiés là sont le socle d’une vie basée à juste titre sur un sable mouvante, celui insaisissable d’un cycle recommencé, le cycle de l’amour, des passions et des pleurs, une ronde d’adulte où perdre n’est plus un risque mais une fatalité. Il nous faut seulement savoir raison garder et laisser au passé les démons oubliés.