Les mots sont désormais captifs de ces gouffres, profondeurs amères, ces chairs bouillonnantes enfantées autrefois dans l’amour, la souffrance et la joie. Les chères sonorités à jamais prisonnières d’un cerveau trop petit, se trouvent terrassées, exhortées de sortir d’un monde si étroit qu’il a suffit à peine à supporter sans peine quelques idées humaines.
Comme un citron pressé, une orange asséchée, comme si tout le Gange se retrouvait tari, la Tamise à sec, l’Amazone sans vie, me voilà déporté sur le bord du rivage d’une mer indocile qui m’accueillit jadis au sein même de l’empire sur lequel elle s’étend.
Les méandres sinueux de mes pensées fécondes sont aujourd’hui comblés par un sable malade, un obstacle malin qui refoule en mon âme ces doux noms, ces adverbes, adjectifs et verbes qui naguère peuplèrent par milliers les larges vallées fleuries d’un esprit accompli.