DeliriumTrente-huit six de fièvre, des routes rose bonbon s’étalent sous mes pieds. De longs vallons cendrés succèdent tout à coup à ces allées dorées qui parsèment les sols. La grippe a cela de bon qu’elle vous fait voyager sans même quitter le quai. Juste en restant posé là, sur la rive d’un lit, à rester calfeutré sous de lourdes couvertures.

La rosée a givré, des marbrures argentées en couvrent la surface. Cette subtile alchimie pave par endroit le gazon vert duveteux qui court à l’horizon. Les nues sont exilées, un ciel purifié se pare de quelques joyaux pour étinceler de sa splendeur et embraser les coeurs. Sirius luit au loin dedans l’immensité des ténèbres bleutées, Vénus rentre ses blancs moutons alors que l’aurore point déjà à l’autre bord du disque. Réveil brutal, sueur dessus le lit, chaleur insupportable, envie d’être posé, incapable de l’être. Besoin d’assoupissement qui ne viendra que tard. Retour il y a dix ans, voyage dans le temps… réécrire le passé. La fièvre va-t-elle cesser et me laisser en paix avec le présent ?

Cinq jours d’arrêt de travail, à dormir nuit comme jour, à vivre dans ses songes. Cinq jours à s’écouter trembler, à attendre en silence la prise des comprimés. Cinq jours pour aller mieux et rejoindre les vivants qui hantent le dehors dont seul le bruit assourdi par le double vitrage me parvient aux oreilles.