Requiem

Les notes résonnent et tonnent, enfermées dans la pierre, elles hurlent et se déchainent. Puissance de la marée au service d’un chœur. Une force prodigieuse qui porte, transporte et jette l’écume de nos sens sur les aiguilles de marbre d’un autel naturel. Broyés, brisés, éteints leurs lambeaux se déchirent sur la grève glacée et rendent à la mer l’essence de ses tourments.

Il git, genoux à terre, il prie, pleure, se morfond. Solitude irascible, il crie, hurle sa peine. Il mugit dans le vent, il tempête, il rugit et pleure enfin sa plaie, brulure encore vive, balafre sur une âme qui tente de revivre. Pourquoi, pourquoi donc moi, qu’ai-je fait pour cela ? Incapable qu’il se sent de saisir, de comprendre, il laisse sa colère décider ses pensées et s’en prend à son dieu.

Appréhension ultime d’un temps qui nous échappe, il hurle. Haine de l’Omnipotence qui écrase, qui détruit et reprend, arbitraire, la vie, l’amour, l’esprit. L’explosion se fait, déchirante, violente et finalement les pleurs reprenne leur montée, irrésistibles larmes qui apaisent et soulagent. Brève série de sanglots, l’impuissance l’écrase, le tue… il se tait.

Accepte, oublie et vit… Adieu toi que j’aimais.

Ein deutches Requiem
Johannes Brahms