Your move

Bord d’une route, fin d’un film, les échecs s’imposent, constats tristes et amers de quelques années de doute.

Les contes et les merveilles, les amours impossibles et les rêves de grandeurs. Une part de fantasme dans un monde de douleur. Toutes ces choses bercent nos vies, insouciantes, juvéniles. On s’applique à y croire, à les croire réelles et s’impose des choix qu’on espère féconds.

Mais voilà, il nous quitte, celui qu’on a chéri quelques jours, quelques mois, des années pour certains. Mais voilà qu’il nous blesse et nous laisse au détour un poison dans le cœur. On a beau espérer, le réveil est brutal, le monde est bien banal quand on l’arpente seul. Qu’un serpent, vil engeance, passe au loin du chemin, qu’il nous pique de sa larme et instille la peine, c’est le constat qui frappe, se déploie et nous rapte.

Vingt années et un couple passées à étudier, à cacher mon malheur au creux de mes cahiers. A peine trois années depuis que mes deux yeux ont découvert le monde, et déjà ses souffrances, ses violences et ses haines ont meurtri l’innocence. J’ai aimé, adoré, passionné comme toujours, incapable de cacher, de retenir, de contenir ; j’ai gouté chaque instant sans jamais accepter qu’il puisse être le dernier. J’ai tété le mamelon de la terre nourricière, et sa lie a parfois eu raison de ma vie. Des erreurs j’en ai faites, des horreurs j’espère moins, et pourtant mes anciens, mes aimés, restent là près de moi, rappel d’un autrefois où nous étions à deux sur les rives de deux vies.

Mais le constat est là, indomptable, effroyable : j’ai aimé, j’ai chéri au risque de me perdre mais personne n’a jamais ressenti ça pour moi…