Red Riding Hood

Une pinte, une soirée, on s’échappe et on rentre mais voilà que la vie se dévoile à nos pas et souffle sur notre âme des songes éveillés.

Le manteau enfilé, l’écharpe enrubannée, on referme le feutre, s’engouffre dans la nuit et prépare le vol. Pavillons assourdis, oreilles obstruées, on distille à son ouie les parfums évolués d’un prodige du passé. Chopin, Listz, Schubert, ils défilent en silence dans le creux de ma main cédant vite la place à mon choix du moment. L’envolé se libère, Rachmaninov est là, il étouffe dans ses phrases les relans d’un réel qui défilent tout autour.

Et voilà que les pas se meuvent en silence, piégés par les sens, il avancent en cadence, éxecutent une danse que la main droite dessine. Le battement se fait preste, la marche accélère, le coeur rythme tout ça. Ce corps n’est plus le mien, de ces doigts si dociles la musique est la reine, elle les guide, les plie. Haut, bas, gauche, droite et haut, chaque temps est un ordre, je ne suis qu’un pantin dans les mains de cet homme. A travers les distances, au delà des consciences, il remonte les temps pour venir jusqu’à moi et voler mon essence. Mes paupières se referment, l’espace devient trouble, mes pas sont calfeutrés, le sol n’est plus qu’un songe où s’enfonce le corps.

Plus aucune résistance tout n’est plus que duvet mais voilà qu’elle se tait celle-là qui donnait vie à ce monde de coton. Le néant me saisit et reprend à ma vue toutes ces blanches lueurs qui flottaient devant moi. Une nouvelle mélodie prend alors le chemin vers le phare des pensées. La mesure est ternaire, la cadence a changée entrainant avec elle le rythme de l’allure. Recommence la danse, l’entêtante mélopée où les restes fantômes d’un passé qui n’est plus prennent pleine possession du corps des vivants.

L’homme traverse la place, son regard vogue au loin, perdu dedans l’immensité que lui seul peut capter. Il s’enfonce dans la brume, elle l’absorbe, l’engloutit… son manteau vole un peu et retombe dans l’oubli.