Une trace qui s’efface, écrite dans le verre vide d’une bouteille oubliée.

Fin sourire esquissé sur des lèvres carmin, un sourire d’enfant, de beaux yeux de saphir encadrés dans l’airain. Il a fallu qu’il soit attaché, enchainé, que son plus beau cadeau ait été déposé aux pieds de ce colosse. Il a fallu cela pour me faire espérer, mais comment oserais-je avouer ces pensées ?

Il a trouvé en moi de vieux morceaux brisés, leur a rendu vigueur, d’un regard enjoleur. Petit rictus en coin, deux cognées qui se frôlent et le rire de l’enfance, l’insouciance du lointain, tant de sons, de musiques réveillées tout à coup. C’était un bien beau rêve, une idylle avortée, avant même qu’elle n’eut le plaisir de naître. Un vieux jeu dangereux qui d’un sourire goguenard enferma dans son ventre deux jeunes êtres perdus.

Il s’en est retourné, tourmenté et transi, il m’avait regardé pour une ultime fois, un adieu se glissait au fond de ses yeux bleus, un mince voile de tristesse, qui me troubla la vue et rendit à mon cœur quelques larmes de vieillesse.

La bouteille s’est échouée en ce lundi matin, elle avait cru voguer jusqu’à l’éternité mais la terre l’a rappelée. Elle s’est jetée sur moi et son vil contenu a libéré, profond, le doux poison du spleen. Quelques mots délavés dessus le vieux papier, quelques phrases retrouvées, vestiges d’un passé.

Un adieu qu’on espère ne durer qu’un instant mais l’adieu nous déchire, car il détruit l’avenir. Désormais tout est dit, de l’amour impossible qui fleurta entre nous, désormais tout s’est tu, même ces rares battements qui me faisaient vibrer, seules les perles roulent encore au creux de mes dix doigts.

Il ne me restera de ces mots, de ces gestes qu’un souvenir diffus qui s’efface dans le vent… et deux yeux malheureux que les larmes ont rendus plus sombres que le jais.