La lune haut dans le ciel illumine le sol, je déambule seul en ce lieu vallonné, encore deux petites heures à laisser défiler, deux petites douceurs dans un bar attablé, un cahier, une plume, un bon verre et un thé… Les pensées vagabondent, tourbillonnent et m’inondent repoussant dans l’oubli cet honni que j’enterre !

Quand l’amour se meurt, qu’il n’est plus qu’un désir, une passion limitée, écriture vieillie qui s’efface dans le temps. Quand l’amour n’est plus rien, que ses miettes se dispersent dans le vent d’un beau rêve que la vie m’a repris. Quand l’amour est parti, que les folles couleurs qu’il avait su faire naître disparaissent déjà. Quand la fadeur des gris, l’épaisseur des noirs vous volent à la vie, la replace dans l’ennui.

C’est alors que surgit un éphèbe doré dépourvu des fumées, des beautés de l’esprit, de ces mots de folies qui nous avaient charmé. C’est alors que le monde reprend des tons pastels encore loin des rouges vifs, bleus profonds et jaunes or aperçus dans les flammes d’une vision passionnée qu’on tente d’oublier.

L’ange enfin se réveille, redécouvre les délices d’une vie partagée. Il s’étend, se déploie, étire ses longs membres engourdis par le froid que l’hainé a soufflé en glissant hors des terres. La pourpre d’autrefois qui s’était déversée sur la dalle gelée découpée dans le marbre, s’est enfin retrouvé par dessus ce papier griffonné, maladroit ; feuille ivoire qu’une plume recouvre de son sang, égratigne et déchire. Il a su rapiécer, recoller et lier les milliers de fragments de mon être brisé, de celui que je fus, dont une ombre joua, qu’elle jeta, méprisa.

Quand ce petit grain de rien nous sourit au départ et nous glisse la veille ces doux mots qui tuèrent, l’âme malade se déchire et libère les eaux qu’on avait enfermée derrière un frêle barrage érigé dans la hâte. Larmes amères perdues par dessus le papier, rappel d’un temps passé que le présent recherche sans en trouver la trace. Larmes qui violent le tombeau des souvenirs brisés, des anciens êtres aimés qu’Aphrodite érigea de pierres et de gravats.

Il fut un monolithe, immense, démesuré, un géant tout voilé que ma langue effleura quelques jours, pas assez. J’ai oublié son nom, j’ai oublié sa vue, ses deux yeux bleus et jaunes, terre d’ocre bordée d’un océan sans fond. J’ai perdu son amour à mourir pour lui, il m’a depuis chassé, oublié et renié.

Je l’aimais ce petit, je l’aimais et voulu rien qu’un temps, pour un songe abandonner mon être, tout entier, sans compter, à la cause d’un ancien, idylique conte de fée. La belle au bois s’endort, apaisée et retombe dans l’oubli mais la vie continue.

Le sang coule dans ma bouche, il innonde mes sens, se libère dans mes yeux. L’éclair qui jadis avait une place enchassé dans mes yeux au regard sombre et noir brille de ses feux, diffusant sa lumière pour mieux guider mes pas.

Aujourd’hui, je le crie, je suis enfin guéri…