Il m’en aura fallu du temps pour écrire quelques mots. Le temps de décanter, de laisser les idées se tasser quelque peu et aussi d’éloigner ce qui vole mes pensées.

Six milliards d’êtres humains, six milliards et pas un… On se sent une poussière d’un immense monticule, charriée par les vents de gravier en gravier.

Ils étaient réunis sous cette immense coupole, on les avait filmés, regroupés, reliés. Leurs propos découpés, morcelés, séparés, lentement composés en autant de ces thèmes dont nous sommes friand. Leur regard était neuf, habituel ou cynique, mille voix divergentes, convergeant dans l’attente d’un débat éphémère, d’une Babel nouvelle où chacun a sa place sans haine, heurts ou menace.

Six milliards qu’on oublie, tout le temps d’une vie, à ne voir de nos maux, de nos joies, d’un bonheur que cette image fugace d’une France dans la France, centre d’une création objet de son sujet.

Angleterre, Amérique, Allemagne, Italie tant de pays divers, d’une pensée unifiés, constituants épars d’un seul être : Occident. A ne voir de son temps que ces gens formatés, à ne guère côtoyer que des mondes identiques, on vit parmi les nôtres, prisonniers inconscient de nos propres pensées. On en oublie ce Monde, celui où nous naquîmes, près d’un rift africain, simple humain sans grand don. On en oublie que d’autres puissent penser autrement, et de nos invisibles en tirer le portrait.

Six milliards de témoins de la marche d’un monde dont nous sommes un centre qui s’en croit le nombril. Tous individus d’une seule et même espèce par aspects bien unique.

Le grain dévale la pente, il s’attarde dans un coin et recueille au passage l’immensité de l’œuvre du vieux sage photographe. Legs de son vivant d’un humaniste fou, que la beauté d’un monde au bord du néant aura su pénétrer. On redécouvre alors les multiples pensées, décroche de ses idées l’illusion dépassée d’un monde trop unifié et s’enfonce à nouveau dans les traités rangés des grands pontes adulés de la diversité.