
La porte était fermée, scellée par la douleur d’un passé oublié.
Derniers jours de l’année dans un chalet de bois au coeur d’une capitale assiégée par le froid. Dans la tièdeur des lieux nous étions dix enfants de mères bien différentes, de contrées éloignées. La chaleur du piano raisonnait dans les murs. Sous les doigts de l’ami, de douces mélopées.
Moi, je me trouvais là, assis dans le moelleux d’un vieux fauteuil velours. Les pages mêlées aux notes berçaient de leur musique mon esprit apaisé. Chapitre après chapitre dévorant toujours plus la vie de tous ces autres, paysages inconnus offerts par un ami au départ de Paris.
Une bourrasque est entrée, à peine perceptible, deux nouveaux compagnons dans l’antre sont entrés. Les pages sous mes doigts glissent plus lentement. Alors dans cette ambiance à la lumière jaunie, à la neige aux fenêtres, aux amis rassemblés, s’échappa une voix, un sourire et la joie… et moi je restais coi, troublé, presque sonné ! Les pages sous mes doigts ont cessé de tourner…
Cela faisait longtemps, la porte battait au vent.