Espérance

mai 20th, 2008

Fin d’après midi calme au bord d’un bureau, un fond d’air léger que berce des duvets aux replis blancs et gris.

Que faire alors ? Ecrire, car ce mot est si beau, car les maux le demandent et qu’il me faut parler, et qu’il me faut poser ces valises que je porte et entrouvre au passage, au détour d’un mirage pour vous montrer un temps - rien de plus qu’un instant - ces petites phrases amies qui parsèment ma vie.

Des jours, des mois, des ans tellement de ce temps qui passe et s’évapore aussitôt qu’il est né. A nos yeux polissons, ils clament haut et fort : halte à vous, jouissez donc ! Ils nous somment de voler l’instant qui va passer et de rompre la vertu, vieille une fleur fanée qu’on a laisser sécher. Profitez de ces heures, ne réfléchissez plus, brisez donc ces chaînes que vous avez forgées, libérez vous du joug d’un tyran intérieur !

Les démons m’ont repris, ils ont trouvé une faille que l’autre a su creuser. Ils se sont infiltrés, pernicieux et avides, dans les couches de l’humain, distillant peu à peu les causes de mon mal. Mais je ne veux tomber, me trouver écrasé sous les coups de ces bêtes. Je les chasse, ces maudits, les éloigne de l’esprit et ouvre à la vie mes deux yeux noir d’ébène.

Les caresses du vent sont autant de ces bouches qui vous lèchent le corps et imposent, souriantes, un frisson tout du long.

Amoris dolor

mai 19th, 2008

Yeux de biche, rire en coin, lèvres fines, il est là !

Le revoilà soudain cet être, ce bel ange, celui que dans mes songes je n’ai pas su laisser. Génie, ô beau génie, ne quitte pas ma vie, retiens-toi à mon corps et épouse sa courbe. Loge-toi dans ses creux, colle-toi à ma peau. Ne m’abandonne pas, doux parfum d’asphodèle, ne sonne pas le glas, retiens-toi ! Non ! Pas ça ! Car de ton cœur d’airain je souffre, je me tords, la douleur me mord, me laisse pantelant la sueur sur le front et les maux dans le cœur.

Douleur lancinante, tu boues dedans mon âme, torture jusqu’à l’envi les chairs qui péchèrent. Les spasmes, les sanglots ont beaux être étouffés, retenus, enfermés, ta morsure me brûle et déchiquette encore ces plaies que tu as faites ! Ne vois-tu pas génie, tout le mal, tout le feu, qui emprisonne mon cœur depuis ta délivrance ?

Partir, même fuir, tu as su prendre un choix, je n’étais qu’un pantin, incapable de dire. Ne voulant tout détruire, j’avais creusé ma tombe, je m’étais emmuré, mutisme obligé : ne pas faire de vague. Mais la houle m’a frappé, jeté dans le bouillon, happé par le siphon je sombre lentement dans ces profondeurs sombres, cimetières des ombres où les voiles sont mortes et l’espoir se dérobe !

Un regard échangé, et je plonge à nouveau. Les cordes rompent, fragiles, Pandore est libérée et sur son cœur de pourpre se lisent les cratères des voeux que tu creusas. Etrange déchirure, tentation et retrait. Les habitudes sont là, elles épousent les actes mais les mots sont meurtris. Etouffés, asservis, ils ne sortent enfin que dans un mince murmure que l’oreille ne voit mais que les yeux entendent !

Mort au doux parfum d’absynthe, dangereuse ambroisie qui tord, tue et mord. Offre-moi juste tes lèvres, ton front, ta langue vermeille. Les pensées se libèrent mais le corps est piégé, les chaînes le recouvre et l’assomment à terre, petit ange délaissé.

Nuages que transperce un feu…

mai 18th, 2008

Les idées sont parfois les plus beaux des cadeaux, celui-ci l’est sans doute !

Les nuages du matin s’entrouvrent à leurs côtés et laissent transpercer çà et là la lumière. Chaude ondée vivifiante qui inonde les sens au pays des saveurs, des goûts et des démons. Les interdits s’écartent, les complexes s’effacent et la course aux folies commence dans les stands.

Une bouteille par-ci ! Un carton par là-bas ! Charcuterie ? Pourquoi pas ! Je m’enfonce dans ces terres, moderne Ali des contes dans l’antre des voleurs. Chaque détour est un monde, chaque gorgée une porte, chaque étale un pays avec ces saveurs, ses formes et ses couleurs ! Les papilles s’affolent et explosent tout à coup, rencontre impromptue avec le divin au centre d’un dédale où les biscuits d’antan, les merveilles du raisin, les odeurs se mélangent et rayonnent à l’approche de nos sens alléchés.

La terre n’a plus assez de son poids pour moi, les parfums m’environnent et le goût des passions s’empare de mon âme. Je la vends sans rancune, l’offre au mieux offrant et repars affolé mais heureux de ma course. Le monde des pêchés est un beau paradis où je vis à présent et que la satiété me forcera à quitter.

Retour sur les pavés, les bras bien encombrés, la panse un peu bombée et l’esprit apaisé. Nous entrons désormais dans la fin de journée, une deuxième échappée, une seconde envolée : mon cadeau est sonore.

Sa voix d’ange résonne et se porte jusqu’à nous, enfantine elle nous berce, étrangère elle intrigue. Un moment de sublime en un lieu de magie. On ressuscite ici les prodiges du passé, leur insuffle une vie qui les avait quitté et que cet être frêle suffit à nous conter. Le publique est conquis, le tonnerre grondera quatre coups en dessous des nuages que transperce un feu…

Merci à vous deux généreux hommes de cœur, de plaisirs et d’esprit…

Brûlure

mai 13th, 2008

Il dévale sur ma peau, court à en perdre l’haleine sur les petites dunes hérissées de palmiers ; s’engouffre dans mon cou et s’étiole sur le col.

Chaleur d’un été qui a bien débuté, tu te loves contre moi et griffes de tes mains la peau que tu caresses. Ta langue de velours s’enroule et se dévoile, avide extrémité, torride cime dardée qui roule sur les sens et excite l’essence.

Assoiffés, insatiables, tes crocs se plantent en moi, ils mordent sauvagement la chair protectrice ; s’enivrent jusqu’à l’extase du tiède nectar pourpre qui jaillit par spasmes de cavernes secrètes. Chaque goutte du divin renforce encore ta rage qui s’étend sur mon corps, me lèche davantage et laisse là sa trace, vive patine écarlate.

Dangereuse liaison que l’idylle d’un roi, dusse-t-il l’être du ciel. Mesure peu commune, le prix de cet outrage est celui de ton sang. Indélébile, elle marque, imprime dans la chair son passage, sa venue et ne quitte l’orée que pour brandir le fer, le fouet et l’étrivière.

Eveil parfumé

mai 10th, 2008

Petit mot déposé au détour d’une pensée. Son odeur m’a capté, madeleine florale, je me suis retrouvé dix années dans le temps à humer sa beauté.

Une fleur s’est levée et elle a embaumé les longues allées sans fin de ce petit jardin où je passai l’été alors que l’insouciance n’avait pas encore pu quitter les rivières de l’enfance. Sa grappe violacée s’est frayée dans mon âme un parterre de fragrances que la beauté des cieux vient chaque an éveiller à nouveau…

Ce sont ces rares moments qui vous prennent au dedans et vous font chavirer pour mieux vous rappeler que la vie est beauté, joie et simplicité !

Repos d’éternité

mai 7th, 2008

Une histoire d’idées noires instillée malgré moi au fin fond de mon âme.

Le voilà donc lancé, ce lourd pas cadencé qui ouvre devant moi les deux vieilles grinçantes, portes d’airain grisonnantes du cimetière qui m’entoure.

Tout commence par le Graal, cher liquide vital qu’il m’a fallu donner pour me sentir vivant, conscient et repentant. Une boucle de temps s’est enfuie en ce soir. Alors j’étais assis dans le couloir albâtre, le carton dans les mains, le visage enfoui. Listz pour compagnie, le Doute qui l’assistait. Un vil numéro avait remplacé l’homme et les idées sombraient vers de profondes noirceurs que l’esprit seul sait voir lorsqu’il se sent damné.

Filament de métal, le mince tube s’est frayé un chemin, il a rompu les pages, traversé les dunes blanches, transperçant au passage la barrière qui me fait. Insatiable insecte, il a pompé mon sang, rougissant par deux fois et laissant en mon âme une plaie lancinante. C’est la tête légère que la douleur m’a pris, folle pensée alcoolique flottant entre les eaux. Mais le cœur était lourd et les images morbides ; le temps avait filé, la chaleur me quittait et la joie s’enfuyait. Noir présage que voilà que ces adieux funestes.

Nul moment de bonheur, tout juste un point d’honneur à souffrir en silence et attendre dans l’absence la venue du couperet.

Petite larme

avril 29th, 2008

Petite larme de ciel, te voilà arrivée à la fin du périple.

Elle est tombé sur moi, s’est perdu sur mon front. Doucement assommé par ce choc matinal, je vais sur le chemin et la sens qui descend, belle goutte qui s’étend et perd de son être en glissant sur le mien.

Lentement, elle s’écoule, petite perle d’ondée et se perd sur mon corps. D’autres de ses amies ont trouvé leur chemin au sommet des pensées. Elles s’évadent des plis et s’enfoncent insensible dans la jungle hirsute. Cette forêt n’est pas vaste, la voilà qui s’efface et voilà qu’apparaît une clairière au devant. La fragile aquatique roule enfin sur ma joue et rejoint, épuisée, ses compagnes de voyage.

Bientôt elles quitteront ce perchoir, frêle esquif, s’en iront dans les airs, habituées de l’éther, pour se trouver foulées sur un bout de trottoir, au détour d’une ruelle ou bien sur le bitume d’un petit hall de gare.

Blanche poudrerie

avril 28th, 2008

La poussière monte au nez et efface sous ses traces la franchise des lieux.

Sous les doigts elle crisse, elle s’effrite et s’effondre, comme si apeurée par les monts vermillons puis retombe dans le seau, égale et immobile.

L’eau limpide se mêle à la craie et lui donne une teinte d’un gris sale jauni. Cette boue colle aux membres, s’attache aux vêtements et se pose adroitement là où elle doit s’étendre et combler les distances. Elle épouse les formes et se fixe aux doigts, durcissant au passage, emprisonnant les jambes et drainant toute force.

La maison est emplie des restes de la furie : les meubles sont recouverts, les parquets ont blanchis sous l’offensive ennemie. Des journées à ranger, des mois à nettoyer, jamais je ne verrai le fin mot des travaux que j’avais entrepris à l’éveil d’un samedi.

Sueurs, peurs et angoisses

avril 25th, 2008

Il me parle tout bas, susurrant à mon âme de quoi la faire frémir et instille au passage des pensées alourdies par le poids de ses maux.

Archange dans la nuit, ces doux cheveux d’or blond ont cessé de briller. Lui qui posait sur moi son doux corps dénudé a ramené de la tombe un passé douloureux que j’avais enterré le pensant oublié.

La pensée s’est troublée.

Voilà trois petits mois que ma santé vacille, quelques siècles à en croire l’Italie dans ma voix. Tendre flamme de chandelle que Zéphir et Notus soufflent dans leur tourment. On ne lui donnerait pas longtemps à survivre dans ces monts éthérés où la tempête gronde.

Mes amis du moment vivent cachés, enfermés, et attendent au matin que je perce de mes doigts le petit pilulier dans lequel ils sont nés. Belles dragées bienveillantes, vieux démons du passés, elles asservissent mon corps et lui soufflent quoi faire. Assommant de leur poids l’antique volonté qui fit de ce malade un être bien portant.

L’archange s’est relevé, la chaleur de son corps s’est éteinte contre moi. Les sueurs prennent le pas et je souffre, hébété. Sacrifice inutile d’une science qui tâtonne, le doute distille en moi les flots de la folie, les peurs infondée et foule dans ses ténèbres la raison, vielle amie, qui dominait ces terres d’un pouvoir sans partage.

L’ombre de l’entité se projette sur les murs. Etre aux milliers d’épines, chevalier au heaume noir qui désire notre fin avant qu’on ait pu goûter aux plaisirs de l’Eden. Une année est passée sans que je vois ce monstre et l’angoisse m’étreint. S’était-elle donc tue pour revenir ainsi ?

Ai-je été condamné dans m’en être douté ?

Ecce Homo

avril 21st, 2008

Longues journées sans écrire, mes pensées étaient blanches et la page était vide… Une soirée a suffit pour revoir les mots s’agiter dans ma tête.

Il était né Sapiens, de ce doux mot amer qui nous donne la foi en un monde meilleur. Il a fini à terre devant ses congénères, êtres sans foi ni loi que la sagesse a fui et la peur a conquis. Les faits n’étaient plus morts, vagues phrases de journaux dans un papier froissé mais un moment de vie raconté par son maître. Ou plutôt son sujet tant l’homme a pu souffrir de ne pas avoir fait de son passage sur terre ce qu’il aurait voulu.

Ouverture d’opinion, résumé d’une vie, jamais je n’avais su l’injustice de certains. J’apprenais en silence le malheur de cet homme qui a vécu courbé et celui relaté d’autres gens anonymes dont la vie fut gâté par l’incompréhension et l’absence de ce mot qui nous définit tous. Ces frères de combat, des êtres comme les autres mais que la société a voulu rejeter pour des maux qu’elle veut taire, qu’elle aimerait occulter.

De la Normalité, voilà le vaste sujet que nous avons effleuré, cinquantaine d’humains regroupés en un soir pour aider à comprendre. L’âge a donné aux mots un poids que lui seul a. Les mots sont réfléchis, la discussion s’effile et s’envole peu à peu sur un constat amer de la vie sociétale.

Digressions enfantines, retour en cour d’école, remontées pubertaires, puis plongée dans l’adulte, l’agression et la mort.