Frôlement au réveil

Elle m’aura manqué, cette amie maladroite. Elle se sera cachée dans mon ombre profonde, oubliant vos regards, oublieuse d’une mémoire. Elle m’aura délaissé, épanchant dans mes lacs tout son sang d’encre noire.

Elle n’était guère au loin, elle n’avait qu’un voilage, une mince gaze de soie la protégeait du froid. Mais mes yeux furent aveugles, et vitreux, blanc laiteux, j’avançais sans rien voir, la foulais sous mes pas !

Mon amie, ma beauté, toi qui fit tout de moi ; mon amour de toujours, ma belle langue… Me voilà ! Reprenons à nous deux ces vallons vermillons, mille contrées oubliées par nos pairs hébétés ! Viens, ma plume, et glissons toi et moi sur la page pour nous nue !

Apathie

Stand d'épices à la foire de Caen

Le plat n’est plus digeste, trop de sel en son sein. Relevé au possible, j’y ai trop ajouter ! Et du sel et du poivre, du piment, tant d’épices que mon nez n’y sent plus que la force d’un trop plein !

A côté, l’étagère est vidée de ses fioles, entassées lentement au passage des années. Elles gisent, béantes, leur contenu renversé. Malgré elles, rien n’y fait ! Je n’en sens ni le goût, ni l’odeur. Leur couleur, leurs merveilles, tout échappe à mes yeux.

De l’abysse des eaux, au cotonneux des cieux,
Tout est teinté de gris, tout est tâché d’ennui…

Enfer et Intentions

Temple Rope

Pourquoi n’es-tu pas là, Ô mon ange, mon démon ?

Pourquoi gis tu là bas, loin de moi, de mes bras ?

Je halète face au sol, ma misère me désole et traine mes haillons,

Vils lambeaux de mon être déchirés par l’absence !

A chaque pas un gouffre, à tout geste une douleur…

Vois tu comme je lutte, condamné par les heures,

Vois-tu donc cette fuite, tout ce temps où je chute !

Helsinki

Helsinki in the snow !

Il gifle mon visage, s’accroche à mes oreilles, les mord, les torture. Arrache à mes sourcils les cris de l’épouvante, durcit sur mon visage les traits d’un âge qui passe. L’écharpe pend mollement sous les assauts du vent, cela fait cinq minutes qu’à cours de courage, elle a rendu les armes et, quittant mes épaules, les laissa sans défense.

Mon corps frissonne encore, une blessure de plus, un long cri de silence et mes doigts mortifiés comme gelés, momifiés. Le sol n’est plus de glace, c’est un monde de plomb, sorte de pierre gelée que martèlent mes pieds. Mon être tout entier crie et hurle au dedans ; sa souffrance, il la tait mais dehors dans le vent, avancer ou tomber… et mon rire, et ma joie, rien n’est plus dans ce froid… méchant ricanement d’un être à l’abandon.

Une lueur dans le loin, une idée de chaleur, juste un extrait de feu qui rayonne sans brûler. La douleur s’efface et reprend aussitôt, dans mes vingt doigts gelés, mille aiguilles infernales enfoncées dans ma chair !

Le Choc

Warm Light

La porte était fermée, scellée par la douleur d’un passé oublié.

Derniers jours de l’année dans un chalet de bois au coeur d’une capitale assiégée par le froid. Dans la tièdeur des lieux nous étions dix enfants de mères bien différentes, de contrées éloignées. La chaleur du piano raisonnait dans les murs. Sous les doigts de l’ami, de douces mélopées.

Moi, je me trouvais là, assis dans le moelleux d’un vieux fauteuil velours. Les pages mêlées aux notes berçaient de leur musique mon esprit apaisé. Chapitre après chapitre dévorant toujours plus la vie de tous ces autres, paysages inconnus offerts par un ami au départ de Paris.

Une bourrasque est entrée, à peine perceptible, deux nouveaux compagnons dans l’antre sont entrés. Les pages sous mes doigts glissent plus lentement. Alors dans cette ambiance à la lumière jaunie, à la neige aux fenêtres, aux amis rassemblés, s’échappa une voix, un sourire et la joie… et moi je restais coi, troublé, presque sonné ! Les pages sous mes doigts ont cessé de tourner…

Cela faisait longtemps, la porte battait au vent.

Ruine de l’âme

La BEAUTE d'une FLEUR et le VOL...

Admire les splendeurs, toi qui foule ces lieux ! Nouveau dans la lumière tu n’y vois pas encore… Il te faudra du temps pour enfin t’habituer et découvrir alors la vie qui grouille ici, les beautés minérales, constructions végétales, toutes ces frêles oeuvres d’une Nature qui t’a fait !

A quoi bon expliquer, décrire, tout annoter ? Quelle raison pour cette quête, ce besoin animal ? Tant de milliers d’années à fouler cette terre, la trouver familière, tenter de la comprendre et de la modeler. Quel est donc ce démon duquel naquit l’outil ?

Ex Libris

A room without books is like a body...

Derrière leur cartonnage se dévoilent les voyages, des milliers de rivages cachés dans des ouvrages.

Un troupeau de beaux mots, posé sur rayonnage et ma vie, tous mes maux, portée dedans leurs pages.

Je les entasse sans trève, en dévore les rivages et d’une nuit sans âge m’éclipse dans leurs rêves.

Entassés sans raison, jalousés et gardés, ils sont tout le savoir, l’espoir et la mémoire, ils vivent par nos mots, survivent dans nos contes.

Ils sont pour moi la vie, l’immense poésie d’un monde devenu fou mais qui dès qu’il se pose se retrouve dans leur lit.

Embruns de l’océan d’une société trop preste, ils s’échappent du flot, en libèrent tout le zeste.

une pensée pour Jérôme

Tombe la neige

Pas dans la neige

La chaleur m’environne, une porte, quelques pas et le froid me saisit. Un froid doux, cotonneux, tout s’est tu, tout est blanc. Le monde a revêtu son habit duveteux, la ville n’a même plus ce ton gris et bruyant, la neige a recouvert et le gris et le bruit.

Un pied sur le tapis, un fripon effleure ma joue, un baiser déposé qui empourpre mes joues. Les parcelles de nuages s’éffilochent jusqu’au sol. Des flocons par milliards frissonnant dans le vent.

A mes pas ceux des autres, de ceux là qui passèrent avant moi, juste là ! C’est étrange, cette mémoire, cette histoire que nous conte la neige du matin !

Au loin sévit l’infect, un être seul et austère qui joint à ces cristaux d’autres gris, bruns et sales, rien ne crisse plus là bas, que des flaques de gadoue, nul plaisir, nulle jouissance dans ce parterre de boue.

La neige éveille en nous la jeune âme de l’enfant, yeux de gosse que ce blanc fait rêver, que le bruit des flocons s’amassant dans le vent fait sourire, rayonnant…

Léger

Transparence

Une folie m’a surpris, me laissa un peu coi dans l’absence, sans conscience !

Une folie née de rien, elle m’a pris un matin, jolie fleur de l’envie !

Une année qui s’éteint, des maux qui se délient, une folie m’a repris !

Vapeur

Comme un nuage

Le ciel d’azur lointaine,

Un mouton dans le vent

glisse, lent, au soleil !