Bourrasque

Ma cabane au Canada

Mon univers est gris, séparations de verre, armoires de fer, moquette à terre. Gravité d’un travail qui repousse la couleur dans de rares stylos qu’on s’arrache ! Alors je ferme les yeux, repousse ma tête contre le siège de coton, chaque jour ce rituel, ce réveil des sens.

La tension se défait, je me sens apaisé, reposé, presque bercé.

La cabane de sapin, les odeurs de l’hiver, un grand feu brûle dans l’âtre, il en lèche mon flanc. Dehors sévit le vent, on l’entend qui mugit, il se rue à la porte, tambourine les flocons qui s’entassent au sol. Ici règnent les heures d’une image de l’enfance, ce giron d’autrefois à la chaleur diffuse, un lieu calme et heureux. Forteresse des souvenirs que j’appelle quand il pleut, que l’orage menace, que l’horreur zèbre au loin.

Nulle peur en ce lieu où je pose les armes…

Par la fenêtre

Savouring

Le thé fumant réchauffe ma main, lentes vapeurs qui montent au nez. Le temps s’éteint, je vogue au loin. Devant mes yeux l’aube dorée, un soleil ras caresse la terre, comme une main de mère aimante cajole l’enfant qui se réveille.

Mon corps est bien, il est posé, le thé me brûle comme un grand feu, je me sens bien, je me sens là, comme un nuage qui m’environne.

Les yeux troublés par la buée, j’ouvre la porte vers le dehors. En contrebas, jouent les enfants, bercés de jour, de joie de gosse. Ils frappent une balle, courent sans raison, juste pour le rire, cette fol’ ivresse de l’air frais d’un ciel d’hiver.

Deux pleins poumons de l’élixir, entre mes mains fume la tasse, par ma bouche fume la vie, contraste d’automne sur le départ, le chaud, le froid, vapeurs diverses, et là, l’ivresse…

Après l’oreiller, le réveil !

Réveils

Le bruissement ne se fait pas, on y était habitué depuis toutes ces années. Dans la rue en contrebas, le bourdonnement a commencé, lui s’est déjà éveillé. Dans les draps, on s’étend, se réchauffe à la chaleur de notre corps, on somnole entre deux mondes l’un de rêves l’autre de douceur.

Le réveil ne sonnera pas, il a changé depuis la veille, celui là n’est pas habitué. On s’étonne de rester là, les rêves s’effacent, pas d’inquiétude, on sait déjà l’heure qu’il est.

La nuit s’est bien passée, maintenant c’est à l’éveil de prendre place et à mon corps de prendre vie !

Oreiller

Morning Bed

L’éveil n’est pas charmant, cela fait quelques temps. Il n’est pas même heureux, juste un peu angoissant. Le corps nu dans les draps, on cherche malgré soi, on tâtonne sans espoir les souvenirs récents, les recherche à côté et trouve le lit vide, vide de lui, vide de nous, à peine plein à demi…

On rappelle du passé les erreurs, les douleurs, on les laisse s’échapper, les entonne en choeur. Alors dans le malaise, dans l’angoisse nouvelle née, reviennent les souvenirs des raisons du présent. On se hâte, on se presse, ces pensées doivent combler les jours qui transparaissent.

Il est déjà trop tard, l’horloge s’est fissurée, le vieux gong régulier déjà est emballé. Désormais désossés, on recompose nos traits, rapièce le portrait d’un squelette rendu frêle par la peur d’oublier.

Chaque matin, se redire le pourquoi… chaque lever, un pincement enfoui !

Rugissements

Démon de minuit

Le monstre a disparu, échine courbée, il a quitté les terres. Immonde bête du diable apparu un matin dans des habits de saint, il a chu dedans l’ombre et repris avec lui ses souffrances, ses blessures. Le combat fut violent, il dura tout un siècle, un homme contre sa bête, haine de deux malades, l’un du coeur l’autre de l’âme. Le temps semblait si lent, si triste, si déchirant, la rixe avait brûlé, broyé jusqu’à satan.

Vint alors la lumière, elle perça le plafond, enroba l’homme aimant, rejetant l’autre infect aux membranes de peau nue. Affolé, il s’en fut… dans l’enfer de ses nuits, son appel n’est même plus !

La pluie chaude a tombé, elle a lavé les plaies, le jour a reparu depuis tellement de temps n’avais je pas vu sa face…
Tout cela dans un nom, dans son nom, celui-là qui me reste !

Glas

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Filament du passé,

Vieux ciseaux oubliés,

Dans la nuit, le beffroi !

Par le chas !

Par le trou de la serrure

Ouvert vers l’inconnu, le portique me tentait,

L’amour était mon guide, il tenait la poignée.

Aujourd’hui révolu, aujourd’hui disparu,

Il referma les portes en retournant son ombre.

Et dans les nuits sans nombre, j’ai souffert de sa vie.

Mais l’ami reparu et dans ses bras ouverts,

La lueur disparue, que les portes cachaient,

Entre deux êtres chers, en ce jour renait.

Quand ceux qui vont…

Elle commençait ainsi cette chanson d’un temps passé, rappel sans fin d’un triste destin. La revoilà pour me hanter dans un présent qui me désole…

Quand ceux qui vont s’en vont aller…

Et le jardin du silence qui s’élèvait dans l’ombre blanche de sa voix souffrant chaque mesure !

Eparses

The Scream

Morcellement d’un être que tout heurte et repousse…

Ils étaient trois démons rencontrés dans le temps, ils étaient vils et bons comme le sont les malins. Ils avaient pris du coeur, comme un roi sa couronne, s’y étaient tant vautrés que le lieu était leur. Le maitre de ce temple en était tout ému, torturé et malade, ne pouvant plus reprendre ce qu’il avait donné, ne voulant pas briser ce qui faisait son âme.

Ils étaient deux ennemis, l’un fait corps, l’autre fait âme ; ils étaient des voisins, l’un raison, l’autre coeur. Ils n’avaient plus de lien, plus d’amour, plus d’espoir. Combattants d’une arène que la fin rend sauvages, ils s’étaient éccorchés, déchirés, violentés laissant l’hôte aliéné, yeux hagards et blessés.

Il était un homme seul, désolé, rejeté ; un homme que la souffrance avait rendu aux flots des tourments et des peurs. Il n’avait plus notion de son être, de son âme ; il n’avait dans les mains que des restes, des rancoeurs. Autrefois de Raison, il avait prit le Coeur, s’y était accroché comme un mort à sa croix.

Mais en guise d’amour, la folie l’a repris…

Exalté

Christ the Redeemer in the clouds...

Exalté sur la croix, il regardait passer les badauds effarés par tant de nudité…

On l’avait cloué là, sans habit, sans grand soin ! Et la sueur et le sable et le sang de ses plaies mélangés sans beauté dévalaient sur ses bras, rigolaient sur son corps, consumé par les cieux.

La douleur l’avait fuit, enfoncé dans son ombre, le réel disparu et ses rêves, des visions, il délirait sans fin. Ses besoins n’étaient plus, tout son corps se mourrait ; réfugié dans la peur, son esprit s’éloignait, rejoignant les cieux bleus loin des hommes et des siens…

Tout n’était que beauté, béate joie bleutée, que deux yeux desséchés regardaient comme vitreux. Exalté par sa mort, il partait sans souffrance, son absence dans nos coeurs…